Une Femme Noire à Istanbul

Femme noire a Istanbul

Constantinople, Byzance, Istanbul trois variations pour un même bijou à mille facettes…

Je profite de tes derniers rayons de soleil qui s’écrasent sur tes grattes ciels modernes et tes Mosquée ancestrales.

Je hume ton air si particulier chargé d’épices, de chaleur et de cuisine de rue.

J’apprécie ta leçon de tolérance subtile sur ce que devrait être l’Europe moderne: Une charnière entre des mondes différents.

Car dans cette fourmilière multicolore, l’Orient et l’Occident se rejoignent et s’accommode au rythme des touristes et de l’appel des Muezzins.

 

Ce dernier trajet le long du Bosphore et à travers les méandres de la ville me rend presque mélancolique.

J’aime vraiment les contours de cette ville sculptée par les Mosquée, les Eglises Orthodoxes et les énormes Mall.

Cette ville magique dont les rues noient ses occupants entres bazars colorés, immeubles modernes et vestiges décrépis.

 

J’arrive enfin à l’Aéroport, un terrain connu qui est tellement différent de l’Europe que je connais.

Ici les voyageurs ont des attitudes qui me rappellent la génération Antillaise précédente.

Ils ont des tonnes de bagages, des boites, des sacs plastiques pleins de cadeaux pour les familles qu’ils vont certainement rejoindre.

Ça me change de mes traditionnels voyages avec 90% d’hommes d’affaires en costumes.

Et ce n’est pas tout, la religion aussi sa place dans ce lieu de passage.

Il me suffit de lever la tête pour voir un bâtiment joliment ouvragé avec son minaret, dans peu de temps l’appel à la prière retentira.

 

Comme je suis en avance mon regard s’attarde sur les passantes et sur ceux et celles qui les regardes.

Si les hommes ici sont plutôt quelconques, les femmes vous racontent une partie de leur histoire avec leurs apparences.

Et sous mes yeux passent ces femmes dont j’imagine la vie.

•De riches femmes orientales

Elles s’habillent à l’occidentale en montrant leur corps drapé sous des tenues haute-couture.

Je les imagine mariés à des hommes d’affaires ou à de riches héritiers.

Elles semblent avancer au-dessus de la mêlée sans faire attention à ce qui se passe plus bas.

•Des femmes voilées à la hâte

Elles portent des jeans et des baskets et parfois leur voile glisse sur leurs cheveux.

Locales, elles savent comment vivre dans un pays officiellement laïque mais qui demeure à large majorité musulmane.

J’ai l’impression que leur voile est plus un uniforme qu’un besoin personnel de se couvrir.

•Des femmes voilées avec soin

Leurs foulards souvent colorés sont fixés avec des épingles.

Certaines portent des grandes robes couvrantes mais ajustées et assorties aux foulards.

D’autres ajoutent des accessoires et un maquillage travaillé qui donne l’impression de ne pas l’être.

J’imagine aisément leurs sorties entres femmes dans des salons de thé haut de gamme.

•Des femmes d’âges mure et des jeunes filles sages.

Elles ont volontairement ou non gommé toute trace de féminité.

Couvertes religieusement avec le plus de confort possible, leurs tenues en termes de mode n’a aucun intérêt.

Ballerine ou sandales avec des chaussettes, basquets informes, chaussures orthopédiques.

Des tenus amples camouflages à ton neutre, aucun maquillage ni bijoux pour souligner leur personnalité.

Elles semblent vouloir se faire discrètes du regard extérieur à leur famille.

•Des « nez de cravate »

Ces femmes me rappellent la pochette d’un livre quand j’étais enfant.

« Les 3 brigands »

Vêtues d’une ample toge noire de la tête aux pieds, leur voile se referme avec des épingles sous le nez.

Ce qui leur donne un aspect assez cocasse avec ce nez qui dépasse.

On voit parfois un bout de pantalon sombre dépasser lorsqu’elles marchent car on en vient à chercher un éventuel bout de peau oublié à l’air libre.

• Des Fantômes

Des ombres qui flottent et dont je n’ai jamais entendu le son de voix.

Toujours accompagnées par un homme et un enfant au minimum.

Je découvre que la tenue d’est pas faite d’une seule pièce.

Il y a plusieurs accessoires noirs bien évitent pour ne pas dénoter avec l’allure générale.

Une pièce pour plaquer l’ensemble au niveau des yeux s’attache dernière la tête.

Une partie sous le nez permet de couvrir la bouche.

Certaines portent des gants.

Moi qui pensais à torts que la burka bleu était le vêtement le plus couvant je découvre un voile noire intégrale sur le visage qui efface tout trait humain.

Je déduis que la transparence du tissue lui permet de voir et de respirer.

Mais vue de l’extérieure, elle  ne semble ni  voir, ni parler, ni même exister hors de sa maison.

•Des européennes en vacances

En short, minijupe ou en pantacourt coloré, elles sont venues entre amis elles vont faire la fête dans les quartiers ultra touristiques.

Elles ont l’air tellement libéré comparés aux femmes locales.

Ce n’est même pas une question de vêtement mais plutôt une attitude.

On sent qu’elles ont choisi leurs voyages, leurs amis et même une partie de leur vie de façon plus générale.

 

Et puis il y a moi.

Les 5 premiers jours je les ai passé dans un hôtel 5*

Enchaînant les réunions, je suis relativement peu sorti mis à part pour aller dîner avec mes clients.

Oui ça existe une femme noire qui voyage pour affaires.

Mais avec mes robes, mes chaussures et mon anglais britannique.

La surprise passe vite pour se concentrer sur ce donc j’ai besoin.

Et dans ce genre d’hôtel, la satisfaction passe toujours par l’écoute d’un client.

 

Puis mon homme vient me rejoindre et je troque mes habits de travail pour une garde-robe plus estivale.

C’est en couple mixte qui navigue dans la rue bondée d’Istikal pour rejoindre son appartement.

On rigole fort et on parle Français.

Je sens les regards sur nous, certains nous sourient d’autres nous scrutent en silence et sursautes presque quand je les regarde dans les yeux.

Je questionne mon homme sur ces femmes si différentes de moi qui semble vouer leur vie à leur mari.

Si j’étais un homme choisirais-je une femme indépendante ou une femme qui semblerait ne vivre que pour moi?

Cette ville me montre de nouveaux visages qui parviennent tous à cohabiter ensemble.

Du coup on sorts des clichés et on peut se poser de vrais questions.

Mais ici comme ailleurs avons-nous vraiment le choix en tant que Femme?

Une femme qui devrait porter le voile et ne le porte pas, une femme qui ne devrait pas le porter et qui le porte….

Changer de « camp » n’est pas une mince affaire.

 

Je me balade seule dans les rue d’Istanbul car j’avais quelques jours de vacances en plus.

C’est une situation vraiment désagréable dans ce pays parce que justement elle n’est pas courante.

Les regards des hommes se font insistants, avec de grands sourires qui se veulent enjôleurs.

J’ai l’impression également que les frottements dans la foule ne sont pas si innocents.

Les gens qui avaient une pudeur assez forte lorsque j’étais accompagnée se libèrent complètement lorsque je suis seule.

Du coup j’écourte mes balades.

Moi qui adore manger au restaurant avec un bouquin je prends à emporter.

Moi qui adore écrire à l’extérieure je me retranche dans mon appartement.

Instinctivement j’ai adapté ma tenue pour limiter au maximum l’intérêt.

La moitié de ma valise est inutilisable alors que je ne porte pas vraiment de tenues sexy.

Je combine legging et robes….

Et c’est moche !

 

Pourtant je ne change pas d’avis, Istanbul est une ville magnifique.

Les Turcs sont des personnes accueillantes et naturellement gentilles.

Ils ne parlent pas très bien l’anglais mais dites-leur un « simple » mot en turc pour les remercier et leur visage s’illuminera.

Je pense qu’ils ne sont pas habitués aux femmes noires et aux femmes seules.

Du coup leurs réactions m’ont mis parfois mal à l’aise.

Mais franchement rien qui ne dépasse certains quartiers de Paris !

Pas une fois je ne me suis senti en danger.

 

Chère Istanbul,

Je te remercie pour cette belle expérience.

Je souhaiterai vivre dans un monde fait du tiens, du miens et de bien plus encore.

Un monde où les femmes sont libres de choisir leur apparence et leur destinée.

Un monde où chacun respecte les choix d’autrui.

Je rêve du jour où je pourrais être libre de montrer mes cheveux naturelles avec ou sans foulard sans me poser de question sur les lieux que je foule.

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. My Chuchotis dit :

    J’aimerais beaucoup découvrir cette ville. Tu nous en offre un joli aperçu. C’est fou ce changement de comportements entre accompagnée et seule!

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    1. missmllblog dit :

      C’est une ville géniale mais pas de celles que je recommande en mode solo 🙂

      J'aime

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